Non, ce n’est pas le résultat improbable du club normand de ligue 2 en Coupe d’Europe, Le Havre est le nouveau film d’Aki Kaurismäki et il sort aujourd’hui mercredi 21 décembre. In extremis (la semaine dernière), le prix Louis Delluc, dont on salue le jury pour sa sagacité et sa capacité à naturaliser le grand cinéaste finlandais, est venu sacrer ce meilleur film français de l’année. Une petite consolation après un Cannes oublieux.

Alternant avec la noirceur totale des Lumières du Faubourg son précédent film, Kaurismäki illumine d’une fausse simplicité cette histoire d’un jeune sans-papier recueilli par un écrivain sans succès, Marcel Marx, reconverti dans le cirage de chaussures. Incarné par l’immense André Wilms, ce Marx-là adopte le même optimisme forcené que le héros des Faubourgs. face aux situations les plus désespérées. Personnage peut-être davantage résigné, il n’en est pas moins contaminé par le rêve d’un autre. Et là où son prédécesseur s’enfonçait dans ses illusions pathétiques de réussite sociale, Marx ne vise que la survie morale, valeur cardinale pour Kaurismäki. Dans un environnement où les vrais méchants n’ont pas de visage, car ils sont soit hors-champ, soit liquidés dès l’introduction (c’est d’ailleurs le méchant des Faubourgs qui y passe pour notre plus grand plaisir), le film convoque des influences multiples et généreuses avec la présence de Jean-Pierre Darroussin (on pense à Guédiguian) et de Pierre Etaix (à qui on pense tout comme on pense à son maître, Jacques Tati). Derrière la fausse naïveté, dans les cadres impeccables et l’amour du burlesque, on se plaît à contempler la toute puissance d’un cinéma radieux, éclairé avec génie, à l’intérieur comme à l’extérieur.

Erwann Lameignère.
 

André Wilms et Jean-Pierre Darroussin