Zombie Zombie

D’un territoire où n’existaient que peu de manifestations d’envergure il y a encore une quinzaine d’années, l’Hexagone est devenu une zone de prolifération de festivals gigantesques qui offrent souvent d’arpenter des kilomètres de files d’attente de parkings en campings saturés, de stands à saucisses infectes en tireuses de bière éventée. Des manifestations qui naissent aussi vite que tombent les subventions de collectivités locales en mal d’une politique pour la jeunesse digne de son nom, comme on file des bonbons à des gamins qu’il faut absolument « entertainer ». A ce phénomène de masse aux programmations fourre-tout s’oppose clairement une tendance de réunions à taille humaine… voire familiale.

Si Calvi on the Rocks a ouvert la voie avec un modèle économique plutôt privé et une visée festive flirtant avec un certain élitisme, le MIDI festival creuse un sillon plus exigeant de découvertes et de paris, et d’autres ailleurs tentent de forger des propositions originales à l’équilibre fragile et audacieux (Baleapop au Pays Basque, Tout un Foin à Bayeux ou le petit nouveau Heart of Glass, Heart of Gold en Ardèche).

Au beau milieu de ce vaste champ ou le pire côtoie le meilleur, trois copains, le dj Laurent Garnier, Nicolas Galina du Pop-In et Arthur Durigon ont décidé de donner à Lourmarin, splendide village du Luberon où ils vivent dès qu’ils peuvent, un rendez-vous limité à un cadre exceptionnel (le château du XVIème siècle) et conçu pour les spectateurs les plus rapides (quelques 400 pass vendus en moins de deux semaines) : le festival Yeah ! qui s’est achevé ce dimanche 9 juin. Volontairement sous-jaugée donc, la manifestation misait tout sur la qualité et le confort simple : une scène principale, une circulation piétonne, une cuvée spéciale de vin, des cordons bleus, du staff en nombre, des techniciens rodés, une sécurité réduite au minimum, des recommandations écologiques suivies d’effets (poubelles stratégiques, cendriers de poche…), de la pétanque mise en musique… Des à-côtés soignés qui témoignent de la sincérité du projet. Côté programmation, des groupes ont été privilégiés plutôt qu’un enchaînement de djs pour ne pas transformer la première édition en rave aux inévitables débordements. Et pour la marquer d’une tendance assez rock probablement voulue par les trois fondateurs pour leurs goûts (le Pop-In est un lieu parisien incontournable pour un groupe qui se lance) et qui démentait aussitôt l’appellation de « festival de Laurent Garnier » qui n’aurait été qu’un raccourci trompeur. Ainsi, le plus respecté des djs français ouvrait le festival avec un set justement orienté rock et d’une heure seulement ; les autres invités des platines n’étaient autres que le dessinateur Luz et le comédien Jules-Edouard Moustic, de quoi placer l’exercice sous le signe de l’humour. Côté scène, on retrouvait les Hushpuppies en bons copains du Pop-In, Lescop pour le chant en français et la tête d’affiche calibrée, les sympathiques et tonitruants Oh! Tiger Mountain, les Allah-Las, qui étaient tous vendeurs chez Amoeba à L.A. (le plus grand disquaire de musique indé du monde) avec leurs sympathiques ballades surf, les persévérants H-Burns et surtout les excellents Zombie Zombie qui ont clôt la deuxième soirée par leurs compositions spatiales et purement musicales.

Tard dans la nuit, des caves du château résonnaient les beats envoûtants d’un Laurent Garnier revenu aux platines pour remercier l’équipe du festival et les artistes qui y avaient déjà pris beaucoup de plaisir. Sous l’œil goguenard des gargouilles, une très belle histoire est née…

Temple de Lourmarin


Le Festival Yeah! avec Laurent Garnier par LeMouv