Début novembre ce sera le retour officiel de la bande emmenée par Tahiti Boy alias David Sztanke qui réunit dans la Palmtree Family des musiciens aussi divers que Didier Perrin (ex-Tanger) et Antoine Hilaire (Jamaica) avec le très bel EP Fireman. On les avait rencontrés pour Redux#29. Retour sur une fausse absence de quatre ans où ils n’ont pas chômé.

Crédit Marcelo Gomes

 

La Palmtree Family au grand complet a donc été à nouveau convoquée. Comment Tahiti Boy replonge dans le bain d’un groupe plus large ?
Je m’y replonge avec bonheur ! Mais à vrai dire, on ne s’est jamais quitté plus que le temps d’une tournée par-ci ou une session par-là. J’ai eu beaucoup l’occasion de produire, pour plusieurs artistes, ces trois dernières années, et comme par hasard on retrouve la Palmtree Family en backing band sur les enregistrements de la quasi-totalité de ces disques, ou sur les musiques de films que j’ai composé. Je pense même qu’on s’est amélioré grâce à ces expériences communes mais hors du cadre de Tahiti Boy. On a pris de la bouteille tous ensemble bien qu’officiellement en pause de Tahiti Boy and the Palmtree Family. Et le processus d’enregistement de ce nouvel album s’est étalé sur deux ans, donc on a toujours été actifs ensemble.

Qu’est-ce qui a présidé à l’écriture de cet album et comment l’enregistrement s’est déroulé?
Humblement, j’ai envie de dire que ce sont mes humeurs qui ont inspiré les morceaux… Et peut être le fait que je n’ai plus 23 ans, du coup c’est vrai que je n’ai plus envie (pour le moment ?) de chanter des trucs idiots sur l’amour « fleur bleue » pourtant la matière première de notre album Good Children Go To Heaven de 2008. J’ai vécu plein de choses très fortes, heureuses et malheureuses depuis 2008 et la sortie de notre premier album, et tout cela a évidemment contribué à la masse d’inspiration pour ce nouveau disque. J’ai adoré le processus d’enregistrement. Plutôt que d’écrire tout et de mettre le groupe en studio pendant 15 jours ou 3 semaines, je n’ai pas arrêté d’écrire, pour la première fois j’ai même fait des maquettes, et dès que j’en avais 2 ou 3 de prêtes, on faisait 2 ou 3 jours de studio pour les enregistrer tout de suite. Du coup, elle n’avaient pas le temps de vieillir et photographiaient vraiment le moment et l’ambiance dans laquelle elles avaient été composées, vu qu’entre le maquettage et l’enregistrement, il ne se passait pas plus de 15 jours. Donc on a enregistré environ 2 jours toutes les 6 semaines entre janvier 2010 et décembre 2011. Ca nous a permis aussi de garder une totale indépendance, sans compte à rendre à qui que ce soit, vu qu’on n’a pas su jusqu’au dernier moment lesquels de ces titres allaient finir sur un disque.

Un nouvel EP pour un nouveau label. D’où vient-il ?
Oui, ce nouveau label s’appelle Edge Of Town. Nous ne sommes plus chez 3rd Side Records, bien qu’ils soient nos amis pour la vie. Edge Of Town est un label fondé sur un modèle qui nous a plu : une équipe est montée autour de chaque projet, ainsi chaque artiste défendu aura sa propre dream team pour faire avancer son album. C’est une structure à deux têtes complémentaires, montée par Christian Fadier et Paul Mesguich. Nous sommes les premiers artistes sur le label, mais j’ai déjà entendu des noms circuler pour l’avenir.

Les deux premières chansons sont des invitations dansantes aux remixes… Est-ce la conséquence d’avoir toujours côtoyer pas mal de musiciens électro, jusqu’à très récemment avec Oizo ?
Je ne sais pas si c’est la conséquence de mes fréquentations… Je sais en revanche que les musiciens de ma génération ont forcément baigné dans une musique au spectre le plus large possible. Rendons-nous compte un instant : nous avons 40 à 50 ans d’influences musicales à digérer, copier, assimiler etc… En 1963, ils n’avaient pas cette chance. Aujourd’hui, le fait de bosser avec Quentin Dupieux c’est un peu comme Coltrane qui enregistrait avec Johnny Hartman un album de crooner alors qu’il passe doucement du hard bop au free jazz. Attention, loin de moi l’idée de me comparer à ces légendes, Je veux juste dire que c’est un phénomène normal que de s’accorder de belles escapades, comme avec les Mutantes en 2010 ou avec Quentin/Oizo ces derniers mois. Cependant si vous me tirez les vers du nez, vous verrez que mon obsession c’est Tahiti Boy and the Palmtree family et cette idée qu’enfin on est en train de faire un disque qui ne ressemble qu’à nous et non pas un ènième exercice de style.

Qu’as-tu retiré de cette double expérience, musique de film / collab?
J’aime beaucoup collaborer, je l’ai presque fait plus souvent que de jouer avec mon propre groupe… Du coup je n’ai jamais peur de croiser le fer de mes idées avec la vision de quelqu’un d’autre. Avec Quentin, c’était super : je bossais dans un appart où j’avais installé tout le matériel, je regardais le film et je tentais des trucs. Quentin arrivait, disait oui ou non, et proposait de re-bosser puis de me le renvoyer. C’est allé très vite. Je ne sais pas si j’ai retiré de cette expérience autre chose qu’un grand bonheur, mais c’est déjà beaucoup. J’ai eu des expériences plus lourdes avec d’autres gens, là au moins c’est une histoire simple. Quentin aime travailler extrêmement vite, et moi aussi. Je pense qu’on aurait eu du mal à s’entendre si j’avais été lent ou en manque d’inspiration. Ca n’a pas été le cas sur son film.

Plus qu’une influence, c’est quasiment une dédicace aux Beach Boys de Feel Flows, le 3e titre de cet EP, non ?
Marrant, je n’y avais jamais pensé. J’adore Feel Flows, un immense morceau avec ce solo de flûte de deux minutes de Franck Lloyd. Inconsciemment, The Park est peut être issu de Feel Flows, mais consciemment, pas vraiment. Je préfère que tu dises ça plutôt que de le rapprocher de Femme Libérée de Cookie Dingler !

Cet EP annonce un prochain album ou est-il un disque en soi ?
Cet Ep annonce complètement un album à suivre, pour la fin de l’hiver, donc Mars 2013, je pense. On a décidé, après y avoir pas mal pensé, de faire un Ep fort, sans vraie face A – face B, mais que des gros titres. C’est en discutant avec Zdar, on ne savait pas trop quoi faire et il avait cette théorie, surtout du fait qu’on n’ait rien fait sous notre nom depuis longtemps : « fais un gros Ep, pas de petits morceaux, remplis ton truc de bombes« . On a fait ça, du coup la barre est haute pour l’album à suivre, pas le droit de faire moins bien…

A qui a été confié le premier clip (s’il y en a un) et dans quelles circonstances ?
C’est le réalisateur Arnaud Delord qui s’y colle pour le titre The Park. Il a eu plusieurs très bonnes idées, et une d’elles a gagnée. On tourne en ce moment même et la sortie est prévue autours du Ep (le 5 Novembre), donc d’ici 3 semaines. Je ne peux pas entrer dans les détails de ce clip, trop compliqué à expliquer, mais ça va être beau…

Propos recueillis par E. Lameignère

Tahiti Boy and the Palmtree Family: The Park on Nowness.com.