« All you need for a movie is a girl and a gun » disait déjà Jean-Luc Godard. Il faut croire que les désormais inséparables Robert Rodriguez et Frank Miller connaissent leur JLG par coeur tant ils en adoptent la méthode dans ce nouvel épisode de Sin City qui mélange Booze, Broads and Bullets et A Dame to Kill For à deux épisodes totalement exclusifs.

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Marv se demande comment il a fait pour échouer au milieu d’un tas de cadavres. Johnny, jeune joueur sûr de lui, débarque à Sin City et ose affronter le sénateur Roark. Dwight McCarthy retrouve Ava Lord, la femme de ses rêves mais aussi de ses cauchemars. De son côté, Nancy Callahan est dévastée par le suicide de John Hartigan qui, par son geste, a cherché à la protéger. Enragée et brisée par le chagrin, elle n’aspire plus qu’à assouvir sa soif de vengeance. Elle pourra compter sur Marv…

Si l’on rajoute à tout ce beau monde Ray Liotta en mari infidèle, Juno Temple en escort girl et Joseph Gordon Lewitt et Lady Gaga dans un segment inédit pour le film, on tient sûrement l’un des castings les plus détonnants de la rentrée 2014.

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Sin City reprend le même noir et blanc majestueux des planches de Miller qui avait fait le succès du premier et scotché plus d’un spectateur. Qu’importe que certains plans soient cheap, on en prenait quand même plein la gueule. Près de 10 ans après, Miller et Rodriguez ont gardé la formule magique : un graphisme plongé dans les ténèbres et ponctué de touches de couleur vives. Chaque plan est un évènement, composé à la perfection par un Rodriguez qui donne l’air de s’être plus que jamais appliqué. Sa mise en scène plonge au cœur de la dualité de chaque personnage, noyé dans un noir et blanc épuré qui les sublime et les dévalorise à la fois. Souci de l’esthétisme permanent qui instaure une certaine distance, interdit toute empathie avec ces losers magnifiques. C’est à la fois le parti pris et la limite de Sin City.

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Car ce qui paraissait novateur et sexy en 2005 tend à lasser dix ans plus tard : le casting impérial tourne vite au name dropping et la transposition à l’identique de certaines planches de Miller fait penser à un exercice de style mal assumé. A force de dire partout qu’il ne s’agit pas d’une adaptation mais d’une traduction de l’œuvre de Miller, Rodriguez oublie totalement son style de mise en scène (pas toujours très subtil, mais c’est peut-être une bonne chose) et ne cherche jamais à explorer le rapport image fixe-image animée, comics et cinéma; ce qu’avait réussi à faire à l’époque Burton et son Batman mais surtout Warren Beatty avec Dick Tracy. Et surtout, 10 ans, même à l’échelle du cinéma c’est long ! Le public a, depuis 2005, bouffé du Batman reloadé par Nolan, de l’Iron Man, des Avengers, du Spiderman et du Superman coup sur coup… ce public gavé allait-il se souvenir des losers magnifiques de Sin City ? A priori, pas vraiment à voir le plantage au box-office d’un projet proposé comme la suite d’un film que tout le monde a presque oublié. Et qui n’avait pas marché tant que ça à l’époque…

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Perdu dans son attitude de fan qui veut bien faire, Rodriguez oublie très vite les personnages, davantage des versions animées des acteurs que de réelles incarnations des mythes du comic de Miller. On ne ressent aucune empathie, même quand Dwight se prend une dérouillée. Ou quand le gambler Johnny apprend qu’on ne doit jamais gagner au poker devant un sénateur. Finalement, seule Eva Green semble tirer son épingle du jeu en femme fatale tout droit sortie d’un roman de Chandler : sexy mais aussi drôle, elle parvient à donner du piquant à un film souvent prévisible et édulcoré. En fait, juste un néo-film noir vaguement expérimental qui peut passer dans une même séquence de la prouesse technique au kitsch le plus total. Un film noir, urbain et crasseux mais qui se veut grand public. Cherchez l’erreur.