L’Asahi Shimbun vient d’annoncer que le grand photographe japonais Shōmei Tōmatsu est décédé le 14 décembre dernier d’une pneumonie à l’hôpital de Naha. Reconnu dès les années 60 grâce à l’ouvrage qu’il a co-signé avec Ken Domon Hiroshima–Nagasaki Document 1961 sur les ravages de la bombe atomique. Novateur, spécialiste de l’angle inattendu et du décadrage.

Quelques mois après Fukushima, il avait accepté de témoigner dans Le Figaro :

«Le 11 mars, j’étais à Okinawa, fort loin du Nord et de la catastrophe. J’ai regardé les images de ce désastre à la TV. Un peu. Je n’ai pas recherché l’avalanche d’images. La réalité est bien plus dure que les seules visions de ces villages engloutis. On ne peut pas traduire pareil drame en mots. Le fait qu’il y ait tant de victimes est en soi un tournant pour le Japon. La force de la nature, incroyable, rappelle à l’homme le grand dommage qu’il a exercé sur elle. Rien à voir avec Hiroshima et Nagasaki: c’était une bombe. À Nagasaki, j’avais vu et suivi toutes ces victimes de la bombe (série Nagasaki et Scars). Cette fois-ci, la radioactivité s’échappe de façon invisible, menaçant d’irradier les gens d’une autre façon, moins spectaculaire, plus lente. C’est la défaite de la science qui perd tout contrôle, la défaite de la civilisation qui a été trop vite, la mise en évidence de notre dépendance à l’égard de l’énergie nucléaire. Que faire? Il serait bien qu’on pense à se débarrasser de ces centrales, même si je n’ai pas de solution scientifique ou concrète de rechange. L’électricité nucléaire a d’abord été perçue comme une avancée de la civilisation. Le problème des découvertes scientifiques, c’est qu’elles sont sans limites. »