La famille Coppola ne cesse de s’agrandir ! Nicolas Cage, Talia Shire, Jason Schwartzman… un beau pedigree du côté des acteurs. Le bilan est un peu plus mitigé derrière la caméra : Sofia semble s’essouffler quelque peu depuis Marie-Antoinette et Roman est loin d’avoir fait ses preuves. Pour le moment.

Et voilà qu’arrive Gia Coppola, 27 ans, petit-fille de Francis et nièce de Sofia, avec Palo Alto, l’adaptation d’un recueil de nouvelles de James Franco (!). Laissons de côté cet enchevêtrement de célébrités, oublions que mademoiselle réalise à moins de 30 ans un long-métrage avec pour seule expérience un job d’assistante-costumière sur Somewhere et un poste de « consultante créative » sur Twixt. Enfin, essayons d’oublier tout ça pour nous concentrer sur cette histoire de jeunesse désabusée et blasée.

Palo Alto suit donc quelques adolescents livrés à eux-mêmes, qui trompent leur ennui dans l’alcool et la recherche de sensations fortes. Bien qu’on ne puisse pas reprocher la modestie de Gia Coppola, qui préfère parler de ce qu’elle a vécu plutôt que de traiter des sujets trop ambitieux, impossible de ne pas ressentir un évident sentiment de déjà-vu. Déjà-vu car Gia se rapproche des thématiques exploitées par Sofia Coppola et même du Francis de Rusty James et Outsiders. Pour le spectateur, c’est là le principal intérêt de Palo Alto et sa limite : observer la dernière variation de traitement des crises post-ado californiennes d’une génération Coppola à l’autre.

Si Palo Alto n’atteint jamais des sommets de mise en scène, ce premier essai est loin d’être déshonorant. Séduisant par moments, ou tout du moins sympathique, le film déploie peu à peu un étrange pouvoir d’attraction. D’une part grâce à une tentative de se démarquer de la plupart des films réalisés jusqu’ici sur les errements de la jeunesse WASP et privilégiée : on sent la réalisatrice en empathie avec son sujet; exit donc la stratégie du choc d’un Larry Clark ou plus celle plus délicate d’un Gus Van Sant, et place à des tranches de vie parfois sans intérêt mais servies par un James Franco impeccable en prof de sport ou d’un Val Kilmer en père fumeur d’herbe. Gia Coppola opte un ton plutôt vériste en faisant le choix pour le casting principal de jeunes novices qui n’ont pas encore atteint la majorité, comme Nat Wolff en tête brûlée, Zoe Levin et surtout Jack Kilmer, le propre fils de Val, dont le charme désinvolte relance l’intérêt de nombreuses scènes.

Malheureusement, si on sent dans Palo Alto une volonté de se détacher du teen movie mâtiné de white-trash – Larry Clark, Harmony Korine et Gus Van Sant – et surtout d’un modèle familial pesant, le film ne parvient pas à s’extirper de ses modèles encombrants. Gia Coppola ne résiste pas au piège des sempiternelles séquences au ralenti où un personnage regarde dans le vide avec, en seul fond sonore, un morceau des – au demeurant excellents – Mac Demarco ou Blood Orange en remplaçants actuels des Tellier et Air qu’on a connus et déjà appréciés chez son illustre tante…

Kamel Bouknadel

Gia Coppola a d’ailleurs tourné la dernière vidéo de Blood Orange :