Sur la splendide Piazza Grande, sous la voûte céleste constellée de discrètes étoiles, la tentation est grande de faire coïncider élan populaire et exigence de découverte… Avec Cyrus des frères Duplass, obscurs réalisateurs occupés à monter des films indépendants « dans leur caverne » selon leurs propres mots, l’objectif est partiellement réussi. L’histoire d’un quadragénaire un peu paumé (l’immense John C. Reilly) qui trouve l’amour inespéré en une mère célibataire (la toujours très sexy Marisa Tomei) mais qui devra composer avec un gros dadais de fils à sa maman pas si touchant que ça, aurait pu donner une excellente comédie made by Judd Apatow ou les frères Farrelly. Mais, filmé de manière exaspérante en sous-Lodge Kerrigan avec un opérateur obsédé du zoom, on a du mal à comprendre le parti pris esthétique de réalisateurs goguenards, hormis le demi-aveu de l’un des frères Duplass confessant avant la projection qu’ils avaient désormais gagné de quoi « se payer une assurance maladie ». Franchement gentillet, n’arrivant pas à la fraîcheur d’un Me, You and Everyone I know ou la fragilité d’un Greenberg, Cyrus n’est hélas qu’un film de studio, sous-produit par les frères Scott (Tony et Ridley) pour le sous-studio indé de la Fox, Searchlight. Comment produire une grande comédie américaine sous la forme étriquée d’un petit film fauché. On connaissait les sorties directes en vidéo ; pas sûr que la mission de Locarno soit de les remplacer… Malgré sa forme et son mood agaçants donc, le scénario bien écrit et rigoureusement rythmé est porté par des acteurs exceptionnels qui arrachent souvent des rires à une assistance accueillante. Sa timidité en revanche, lui interdit de titiller quelques frontières de la morale familiale tels que l’inceste ou la violence familiale, et d’atteindre là aussi une audace que 8000 spectateurs présents hier étaient bien capables d’accepter. Même un samedi soir.