Accablé par la mort de sa mère, Charlie décide de tout plaquer et d’entamer un voyage en Europe de l’Est, Bucarest plus exactement. Entre virées nocturnes et trips hallucinogènes, il rencontre Gabi, ex d’un dangereux caïd local qui n’est pas prêt à la laisser partir avec un autre. Mais Charlie, lui, est plus que jamais déterminé à gagner son coeur quitte à se sacrifier par amour.


Si les pays de l’Est ont la réputation de fournir de jolies mannequins, ils permettent aussi la délocalisation de beaucoup de tournages de films avec des coûts de production au rabais. Ils sont également des terrains de jeu
pour touristes en mal de sensations fortes et borderlines on l’aura compris. C’est à peu de choses près la base de Charlie Countryman qui joue sur de nombreux lieux communs scénaristiques : l’envie de tout plaquer après un deuil, le voyage initiatique d’un jeune naïf amoureux, la jolie fille aux mains d’un bad boy et la violence des mafias de l’Est (surtout la Roumaine en l’occurrence).

Si la scène d’ouverture est plutôt réussie et si la promesse d’une rencontre Shia LaBeouf / Madds Mikkelsen reste alléchante sur le papier, le film révèle rapidement ses limites et son air de déjà-vu. Ce qui aurait pu être un polar efficace, mâtiné d’exotisme et d’effets de caméra appuyés est une simple pochade qui retombe comme un soufflé. Ancien clipper (on s’en serait douté), le Suédois Fredrik Bond semble avoir gâché toutes ses munitions dans sa magistrale introduction et essaie péniblement de tirer son récit épique vers un spectacle grand-guignolesque où la surenchère d’effets prend le pas sur toute cohérence scénaristique. Sans revenir sur le poncif du freluquet qui affronte la mafia roumaine par amour, le film se prend très vite les pieds dans le tapis et plus vite que son personnage. Malgré une volonté de dépasser les limites du genre, un casting impeccable et des dialogues plutôt bien écrits, Charlie Countryman souffre d’un scénario au souffle court qui finit par courir dans le vide, d’unun rythme qui s’étiole en plein milieu de l’intrigue par manque d’efficacité, mais surtout d’une mise en scène reine de l’esbroufe. Comme souvent, le réalisateur multiplie sans la moindre mesure ralentis, plans en shaky-cam, usage intempestifs de lumières saturées, musique électro assourdissante, et tout autres effets grandiloquents dans le genre.

Mais surtout, ce thriller pas si méchant semble sans cesse en quête se sa propre identité, comme étouffé par les nombreuses conventions des genres comme le polar urbain, la comédie déjantée, la comédie romantique et parfois même le fantastique. D’ailleurs, le cinéaste l’avoue sans peine : il a puisé son inspiration dans les films de (l’inégal) Danny Boyle, Trainspotting et Slumdog Millionaire. Du premier, il a repris le rythme frénétique et un certain goût pour l’acide. Du second, le côté enfants des rues et bons sentiments humanitaires, avec Bucarest comme nouveau Tiers Monde (!), en pleine mutation avec l’afflux de capitaux étrangers. Rajoutez à ces effets un peu chichiteux, une bande-son bien évidemment soignée – The XX, M83 – et vous retrouverez au mieux l’ivresse romantique des boums et de vos premières passions adolescentes. Gentillet, non ?

Charlie CountryMan – la bande-annonce